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L’amiante dans les bâtiments anciens : ce qu’il faut savoir

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Quiconque possède, souhaite acheter ou rénover un bâtiment construit avant 1990 est confronté à une question à laquelle il est impossible de répondre à l’œil nu : y a-t-il de l’amiante dans ce bâtiment ? Dans de nombreux cas, la réponse est : probablement oui. Non pas parce que les bâtiments anciens sont dangereux en soi, mais parce que, pendant des décennies, l’amiante a été utilisé dans la construction aussi couramment que le bois ou le béton.

Le plus insidieux, c’est que l’amiante est invisible. Il ne dégage aucune odeur, il passe inaperçu – et il se cache souvent patiemment sous les planchers, derrière les revêtements ou dans des colles que personne n’a touchées depuis 30 ans. Il ne devient dangereux que lorsque des fibres sont libérées : lors du perçage, du ponçage, de l’arrachement ou de la démolition. C’est précisément à ce moment-là – lors de travaux de transformation, de rénovation ou d’achat immobilier – que l’amiante joue un rôle décisif.

Cet article s’adresse aux propriétaires, aux artisans et à tous ceux qui travaillent sur des bâtiments anciens. Il explique quelles sont les années de construction particulièrement concernées, où l’amiante était généralement utilisé, et comment procéder de manière systématique avant de donner le premier coup de marteau.

Quelles sont les années de construction particulièrement à risque ?

L’année de construction d’un bâtiment est le premier indicateur le plus important. En Suisse, l’amiante a été utilisé dans la construction des années 1930 jusqu’à son interdiction en 1990, avec un pic marqué au cours des décennies d’après-guerre. Connaître l’historique de la construction permet de bien mieux évaluer le risque.

Avant 1950 : rare, mais pas exclu

L’amiante était déjà connu comme matériau de construction avant la Seconde Guerre mondiale, mais son utilisation n’était pas encore généralisée. Lorsqu’il apparaît à cette époque, il s’agit le plus souvent de plaques d’amiante-ciment (Eternit) sur les toitures et les façades, ainsi que de revêtements de protection incendie dans les locaux techniques. Ces matériaux sont solidement liés et, lorsqu’ils sont intacts, présentent moins de risques ; en revanche, ils sont tout aussi dangereux en cas de démolition ou de travaux sur ces matériaux.

Années 1950 et 1960 : le boom de la construction favorise la généralisation de l’amiante

Au cours de ces deux décennies, l’utilisation de l’amiante a explosé. L’après-guerre a entraîné un besoin considérable en matière de construction : immeubles d’habitation, écoles, bâtiments commerciaux, maisons individuelles… Tout devait être rapide, bon marché et durable. L’amiante répondait parfaitement à ces exigences. Il n’était plus seulement utilisé dans les panneaux de toiture et de façade, mais de plus en plus aussi dans l’isolation des tuyaux, les panneaux coupe-feu, les premiers revêtements de sol et les premiers mortiers de jointoiement.

Un élément particulièrement marquant des années 1960 : le carrelage Floor-Flex. Ces dalles de sol rigides et de petit format (généralement 20 × 20 cm) ont été posées dans d’innombrables cuisines, couloirs et pièces à vivre suisses – et constituent aujourd’hui l’une des sources d’amiante les plus courantes dans les bâtiments anciens. Parallèlement, l’amiante a fait son apparition dans les colles PVC, les conduits de ventilation et les colles à carrelage – des domaines que personne ne considérait à l’époque comme présentant un risque.

Photo : dalle Floor Flex contenant de l'amiante

Les années 1970 : l’amiante projeté, les enduits et la prise de conscience tardive

Les années 1970 sont délicates à double titre. D’une part, l’utilisation de l’amiante a atteint son apogée ; d’autre part, vers la fin de la décennie, les premières voix se sont élevées pour mettre en garde contre les risques pour la santé. Dans la pratique, cela n’a dans un premier temps pratiquement rien changé.

Cette décennie se caractérise par l’utilisation de l’amiante projeté: un matériau appliqué sous forme liquide qui servait de protection contre l’incendie et d’isolation thermique sur les poutres en acier, les plafonds et les murs, notamment dans les bâtiments publics, les parkings souterrains et les bâtiments industriels. L’amiante projeté est encore considéré aujourd’hui comme particulièrement dangereux, car il est faiblement aggloméré et peut libérer des fibres dès qu’il subit de légères vibrations ou qu’il vieillit.

À cela s’ajoutaient, à cette époque , des enduits et des mastics contenant de l’amiante, des revêtements de poêles et de systèmes de chauffage, ainsi que des appuis de fenêtre contenant de l’amiante. Quiconque a rénové ou construit dans les années 1970 l’a probablement fait en utilisant une variété impressionnante de produits contenant de l’amiante – même s’il n’en avait pas conscience à l’époque.

Années 1980 : dissimulé, mais bien présent

Dans les années 1980, l’utilisation de l’amiante a sensiblement diminué, mais elle n’a pas disparu pour autant. La différence majeure par rapport aux décennies précédentes : l’amiante n’apparaissait plus autant dans des éléments visibles tels que les plaques de toiture, mais se cachait désormais dans les colles, les revêtements, les enduits et les joints d’étanchéité. C’est précisément ce qui rend les bâtiments de cette époque si piégeux : tout semble moderne, mais en dessous se trouvent des matériaux qui, lorsqu’on les ponce ou qu’on les démolit, peuvent libérer des quantités considérables de fibres.

Les panneaux légers utilisés pour les cloisons et les faux-plafonds, ainsi que les revêtements de sol en vinyle contenant une faible quantité d’amiante, mais néanmoins significative d’un point de vue technique, sont également caractéristiques des années 1980. Quiconque a fait installer une cuisine, modernisé une salle de bains ou posé une cloison au cours de cette décennie ne devrait pas, aujourd’hui, intervenir dans ces espaces sans avoir procédé à une analyse préalable.

Après 1990 : l’exception, pas la règle

L’interdiction de l’amiante en Suisse, entrée en vigueur en 1990 – avec des délais transitoires allant jusqu’en 1994 pour certains produits –, a mis fin à son utilisation courante. En règle générale, les bâtiments construits après le milieu des années 1990 ne contiennent pas d’amiante. La prudence est toutefois de mise lors de travaux de transformation et de rénovation datant de cette période de transition: des stocks résiduels de colles, de mastics et de plaques en fibrociment ont parfois encore été utilisés sans que cela ne fasse l’objet d’une grande attention.

Où trouve-t-on de l’amiante ? Aperçu des emplacements typiques

À l’intérieur

Les dalles Floor-Flex (dures, 20 × 20 cm) datant des années 1960 à 1980 contiennent pratiquement toujours de l’amiante. On y trouve souvent ce qu’on appelle la « colle noire » – une colle de type goudron qui était utilisée sous les revêtements de sol en PVC, les parquets ou les moquettes et qui compte parmi les sources d’amiante les plus courantes à l’intérieur.

Les enduits et les crépis datant des années 1970 et 1980 peuvent contenir de l’amiante, même dans le cadre de petits travaux de rénovation. Les revêtements de poêles et de systèmes de chauffage (qui présentent souvent une forte concentration en amiante), les panneaux coupe-feu autour des armoires électriques, ainsi que les mortiers de jointoiement et les colles à carrelage dans les cuisines et les salles de bains constituent des sources particulièrement critiques.

Moins connus, mais tout aussi importants : les isolants de tuyauterie en laine d’amiante ou en carton d’amiante dans les installations de chauffage et de ventilation, les poêles à accumulation nocturne dotés de joints internes contenant de l’amiante, ainsi que les chapes à la magnésie datant des années 1970 à 1980.

À l’extérieur

À l’extérieur, ce sont les produits en fibrociment qui prédominent : les plaques de toiture, les plaques ondulées et les panneaux de façade commercialisés sous la célèbre marque Eternit ont été utilisés en grande quantité en Suisse. À cela s’ajoutent des gouttières, des conduits de ventilation, des garde-corps de balcon et des appuis de fenêtre en fibrociment, ainsi que des jardinières et des goulottes de câbles en amiante-ciment.

Important : bon nombre de ces produits semblent encore aujourd’hui en parfait état. L’amiante intact et solidement lié ne présente aucun risque immédiat lorsqu’il est au repos. Ce n’est qu’en cas de détérioration, d’usinage ou de démontage – par exemple lors du sciage, du perçage ou du piquage – que cela devient dangereux.

Panneaux d'amiante

Zoom sur la Suisse : le cadre juridique et le rôle de la Suva

En Suisse, l’ordonnance sur les travaux de construction (OTConst) prévoit depuis 2009 une obligation légale d’évaluation : avant le début des travaux de construction dans des bâtiments susceptibles de contenir de l’amiante, les employeurs doivent identifier les dangers et procéder à une évaluation des risques. Cette obligation s’applique non seulement aux grands projets faisant l’objet d’un permis de construire, mais aussi expressément aux petits travaux de transformation, tels que le remplacement d’un revêtement de sol ou la rénovation d’une salle de bains.

Quiconque ne respecte pas cette obligation met ses collaborateurs en danger et s’expose à une réduction des prestations versées par la Suva. En outre, conformément à l’ordonnance sur la limitation et l’élimination des déchets (OLED, art. 16), les propriétaires immobiliers sont personnellement responsables de l’élimination dans les règles de l’art des matériaux contenant de l’amiante.

Quelles sont les prescriptions de la Suva ?

La Suva établit une distinction en fonction du degré de libération des fibres :

Libération de fibres faible ou modérée : les artisans formés sont autorisés à effectuer les travaux à condition de respecter les mesures de protection définies.

Libération importante de fibres : les travaux doivent être effectués exclusivement par des entreprises de désamiantage agréées par la Suva. Les travaux réalisés par des non-professionnels sont strictement interdits dans ce cas.

La Suva met à disposition sur suva.ch/asbesthaus un outil interactif qui indique où l’amiante peut être présent dans un bâtiment type – une première aide précieuse pour les propriétaires et les artisans.

La page Forum Amiante Suisse fournit également des informations complémentaires. Dans les milieux spécialisés, une recommandation importante est la suivante : le diagnostic et l’assainissement doivent être réalisés par des organismes indépendants afin d’éviter tout conflit d’intérêts.

Faire le point sur l’historique d’un bâtiment : voici comment procéder de manière systématique

Avant d’enfoncer le premier clou, il est utile de mener une recherche structurée sur l’histoire de la construction du bâtiment. Les étapes suivantes peuvent vous y aider :

Étape 1 : Déterminer l’année de construction et l’historique des rénovations

L’extrait du registre foncier (disponible auprès de l’office cantonal du registre foncier) indique l’année de construction officielle et fournit des informations sur les transferts de propriété. Les dossiers de permis de construire conservés par les services communaux ou municipaux compétents en matière d’urbanisme sont encore plus révélateurs : les plans de construction, les permis de construire et les demandes de transformation indiquent quand des rénovations importantes ont eu lieu et quelles parties du bien ont été concernées.

Par ailleurs, les documents de l’assurance cantonale des bâtiments (par exemple, la GVZ à Zurich) ainsi que d’anciens procès-verbaux de réception de systèmes de chauffage ou de cheminées peuvent fournir des indications sur les dates de rénovation.

Étape 2 : Interroger l’ancien propriétaire, les voisins et les artisans

Les anciens propriétaires ou leurs héritiers peuvent souvent fournir des informations précises sur les travaux effectués. Les entreprises artisanales locales qui ont historiquement exercé leur activité dans la région se souviennent parfois de certaines commandes. Dans les immeubles collectifs ou les lotissements, les voisins connaissent souvent l’historique des travaux de construction de l’ensemble du complexe.

Étape 3 : Prendre au sérieux les indications visuelles présentes dans le bâtiment

Une identification visuelle ne remplace pas une analyse en laboratoire, mais elle peut fournir des premiers indices :

  • Plaques dures, cassantes, d’aspect gris → peut-être en amiante-ciment
  • Dalles de sol très résistantes, de petit format (20 × 20 cm) → pratiquement toujours Floor-Flex
  • Colle noire, de consistance goudronneuse, sous les revêtements de sol → contient souvent de l’amiante
  • Plaques ondulées pour toitures ou façades datant d’avant 1990 → Amiante-ciment (Eternit)
  • Un aspect moderne malgré un bâtiment ancien → Attention : les matériaux contenant de l’amiante ont souvent été simplement recouverts ou masqués au lieu d’être retirés

Étape 4 : Faire réaliser un diagnostic professionnel du bâtiment

En cas de travaux de transformation, de rénovation ou d’achat immobilier, il est recommandé de faire réaliser un contrôle des bâtiments par un spécialiste certifié. La procédure est simple :

  1. Inspection réalisée par un(e) expert(e) indépendant(e) en diagnostic des polluants
  2. Prélèvement d’échantillons dans les zones suspectes, dans le respect des mesures de protection
  3. Analyse en laboratoire dans un laboratoire accrédité (le microscope électronique à balayage permet de détecter les fibres les plus infimes)
  4. Rapport écrit précisant le type d’amiante, sa concentration et des recommandations concrètes quant aux mesures à prendre

Chaque bâtiment étant unique, en particulier lorsqu’il s’agit de bâtiments anciens, nous vous recommandons de demander un devis sans engagement. Vous aurez ainsi une idée précise des coûts et pourrez vous atteler à la suite de la planification.

Que faire en cas de suspicion de présence d’amiante ?

La règle la plus importante avant toute chose : ne rien essayer de votre propre chef. De nombreux bricoleurs commettent l’erreur de décoller « juste un instant » une dalle de sol, de percer un trou ou de mettre à nu un endroit suspect. Or, c’est précisément lors de ces opérations que des fibres d’amiante invisibles peuvent être libérées ; celles-ci restent longtemps en suspension dans l’air et se déposent dans les poumons. Les dégâts sont alors souvent plus importants que ce que l’on soupçonnait au départ.

La bonne marche à suivre passe toujours par un test professionnel de détection de l’amiante : c’est la seule preuve fiable permettant de déterminer si un matériau contient ou non de l’amiante. Si la présence d’amiante est confirmée, des entreprises spécialisées se chargent de la suite des opérations : du choix de la méthode d’assainissement appropriée à l’organisation de l’élimination des déchets, jusqu’à la mesure finale de l’amiante dans l’air.

analyse-des-polluants.ch vous accompagne tout au long du processus : du diagnostic initial à l’assainissement.

Conclusion

La présence d’amiante dans les bâtiments anciens n’est pas une raison de céder à la panique : c’est une réalité objective qui concerne une grande partie des bâtiments suisses construits avant 1990. Tant que les matériaux contenant de l’amiante ne sont pas manipulés et ne sont pas endommagés, ils ne présentent généralement pas de risque immédiat. Le risque survient lors de l’intervention – et c’est précisément là que commence la responsabilité.

Quiconque connaît l’historique de la construction de son bâtiment, sait identifier les zones à risque typiques et sollicite l’avis d’un professionnel avant tout projet de rénovation se protège lui-même, protège ses artisans et protège les futurs occupants. Il ne s’agit pas d’une charge administrative, mais de la seule approche raisonnable face à un matériau qui a été considéré pendant des décennies comme un matériau miracle et qui est aujourd’hui reconnu pour ce qu’il a toujours été : dangereux si on ne le prend pas au sérieux.

Sources et informations complémentaires : Suva (suva.ch/asbesthaus), Forum Amiante Suisse, ordonnance sur les travaux de construction (OTConst), ordonnance sur la limitation et l’élimination des déchets (OLED)