Le radon est, après le tabagisme, la principale cause de cancer du poumon en Suisse, et le degré d’exposition d’une maison dépend en grande partie de son emplacement. Ceux qui se sont déjà penchés de manière approfondie sur la question du radon en Suisse en connaissent les principes fondamentaux. Cet article va un peu plus loin.
Il montre quelles régions et quels cantons sont les plus touchés, ce que signifie concrètement la valeur de référence légale de 300 Bq/m³ et qui devrait envisager de procéder à une mesure. À la fin, vous saurez si et comment vous devez agir.
Pourquoi les concentrations de radon varient-elles autant d’une région à l’autre en Suisse ?
Le radon est issu de la désintégration naturelle de l’uranium présent dans la roche et remonte ensuite à la surface à travers le sol. La quantité de radon qui pénètre dans un bâtiment dépend avant tout de la géologie du sous-sol. Les roches cristallines et certaines formations calcaires libèrent davantage de radon que d’autres types de sols. Cela explique pourquoi la concentration de radon en Suisse varie fortement d’une région à l’autre.
Un deuxième facteur est souvent sous-estimé : la structure du bâtiment. Des sols de cave non étanches, des fissures dans la dalle de fondation, des passages pour les conduites d’eau ou les câbles électriques et des annexes sans cave constituent autant de points d’entrée pour le gaz. C’est pourquoi deux maisons situées dans la même rue, sur le même sol, peuvent présenter des concentrations de radon totalement différentes. L’une dispose d’une dalle de fondation étanche et récente, l’autre d’une cave naturelle ouverte.
La période de chauffage joue également un rôle indirect : pendant les mois froids, les fenêtres restent fermées plus longtemps, le renouvellement naturel de l’air diminue et le radon peut s’accumuler davantage dans les caves et les pièces du rez-de-chaussée qu’en été.
Cette combinaison entre géologie et structure du bâtiment conduit à une conclusion importante, qui est au cœur de cet article : une carte du radon indique une probabilité, et non un diagnostic pour un bâtiment donné. Même dans une région plutôt peu à risque, une maison donnée peut présenter des concentrations élevées, et inversement, un bâtiment situé dans une région à risque peut s’avérer tout à fait normal. Seule une mesure sur place permet d’en avoir la certitude.
Ces régions et ces cantons sont plus fortement touchés
D’une manière générale, on peut dire que la région alpine et l’arc jurassien présentent en moyenne une concentration de radon plus élevée que le Plateau. Le Tessin, certaines parties des Grisons ainsi que le Jura ont notamment été classés historiquement comme zones à risque de radon. On trouve également un nombre supérieur à la moyenne de bâtiments exposés au radon dans le canton de Neuchâtel ainsi que dans certaines parties du canton de Vaud et du Jura bernois.
Carte du radon en Suisse : le dégradé de couleurs indique la proportion de bâtiments d’une région dont la concentration dépasse la valeur de référence de 300 Bq/m³. Source : Office fédéral de la santé publique (OFSP).
| Région | Évaluation |
|---|---|
| Tessin | classé historiquement comme zone à risque |
| Grisons (certaines parties) | classés historiquement comme zones à risque |
| Jura | classé historiquement comme zone à risque |
| Neuchâtel | un nombre de bâtiments contaminés supérieur à la moyenne |
| Vaud (certaines parties), Jura bernois | nombre de bâtiments contaminés supérieur à la moyenne |
| Plateau | des valeurs en moyenne plus basses, des cas particuliers sont possibles |
Important pour la mise en perspective : l’État fédéral a entre-temps renforcé les exigences du règlement sur la radioprotection, notamment en ce qui concerne les écoles et les écoles maternelles. De ce fait, l’ensemble du territoire suisse est aujourd’hui considéré en principe comme une zone à risque lié au radon, même en dehors des régions à risque classiques. Les zones mentionnées précédemment comptent toujours un nombre supérieur à la moyenne de bâtiments contaminés, mais elles ne constituent pas une limite à partir de laquelle le radon devient soudainement un sujet de préoccupation.
Pour les habitants du Mittelland, cela ne signifie pas pour autant que l’alerte est levée. Là aussi, certains bâtiments présentent des valeurs élevées, notamment en raison de particularités géologiques locales ou d’une construction particulièrement perméable. À l’inverse, on trouve dans les régions à risque mentionnées de nombreuses maisons dont les valeurs sont tout à fait normales. La classification cantonale constitue un bon premier indicateur, mais ne remplace pas une évaluation spécifique à un bâtiment donné.
Le plus fiable est donc de consulter la carte interactive du radon de l’OFSP en saisissant votre adresse. Là encore, il convient de noter que la carte indique une probabilité statistique pour les environs, et non une valeur mesurée pour votre logement en particulier.
La valeur de référence de 300 Bq/m³ : ce qu’elle signifie
Le Bq/m³ (becquerel par mètre cube) indique le nombre de désintégrations radioactives par seconde dans un mètre cube d’air ; il s’agit d’une unité de mesure de la concentration en radon dans l’air que l’on respire.
Depuis le 1er janvier 2018, l’ordonnance sur la radioprotection (ORaP) fixe en Suisse une valeur de référence de 300 Bq/m³ en moyenne annuelle pour les locaux dans lesquels des personnes séjournent régulièrement plusieurs heures par jour. Les exigences ont été encore renforcées pour les écoles et les écoles maternelles.
Une idée fausse courante : la valeur de référence n’est pas une valeur limite au sens d’une interdiction. Elle marque le seuil à partir duquel des mesures doivent être envisagées, mais ne sont pas automatiquement imposées. Tout aussi important : il n’existe aucun seuil scientifiquement prouvé en dessous duquel le radon serait manifestement inoffensif. Le risque diminue progressivement à mesure que la concentration baisse, mais il ne disparaît pas brusquement en dessous de 300 Bq/m³.
Vous trouverez le cadre juridique complet, y compris les délais et les compétences, sur notre page d’aperçu consacrée au radon en Suisse.
Qui devrait faire mesurer ses niveaux de radon ?
Il n’existe pas de règle générale permettant de déterminer qui doit effectuer ces mesures et qui n’a pas à le faire. La liste de contrôle suivante vous aidera toutefois à évaluer l’importance que revêt cette question pour vous personnellement. Il est particulièrement judicieux de procéder à ces mesures si l’une ou plusieurs des situations suivantes s’appliquent :
- Votre quartier se trouve dans une région présentant un risque accru lié au radon.
- Vous utilisez régulièrement des pièces situées au sous-sol, au rez-de-chaussée ou au rez-de-chaussée surélevé, par exemple comme bureau, atelier, salle de loisirs, chambre à coucher ou chambre d’enfant.
- Votre bâtiment est ancien et dispose d’une dalle non imperméabilisée, d’une cave naturelle ou est en contact direct avec le sol.
- Vous avez récemment réalisé des travaux de rénovation énergétique. Les nouvelles fenêtres et une enveloppe du bâtiment plus étanche réduisent les échanges d’air naturels et peuvent augmenter la concentration de radon à l’intérieur, un effet souvent négligé.
- Vous vous apprêtez à acheter un bien immobilier ou à entreprendre des travaux de rénovation.
- Si des enfants ou des fumeurs vivent dans votre foyer, le risque pour la santé est décuplé.
- Aucune mesure n’a jamais été effectuée dans votre logement. C’est la norme, pas une exception.
Si plusieurs de ces critères sont réunis, par exemple dans un appartement en sous-sol situé dans une région à risque après la rénovation des fenêtres, l’urgence s’en trouve encore accrue. Une mesure du radon est peu coûteuse et simple à réaliser ; elle ne nécessite ni travaux de construction ni connaissances techniques sur place. La période idéale pour effectuer cette mesure est la saison de chauffage, d’octobre à mars, car c’est lorsque les fenêtres sont fermées que l’on obtient des valeurs représentatives et que les résultats sont comparables aux normes officielles.
Voici comment obtenir une mesure fiable
Deux possibilités s’offrent à vous, chacune ayant un objectif différent :
Un dosimètre utilisé pour une mesure officiellement reconnue fonctionne pendant une période de trois à douze mois. C’est le seul moyen d’obtenir un résultat exploitable par les autorités. Pour une mesure officielle, il faut au moins deux dosimètres, placés entre octobre et mars.
Un appareil de mesure électronique permet en revanche d’avoir rapidement une première idée de la situation et montre en temps réel l’impact de l’aération ou des conditions météorologiques sur les valeurs mesurées. Il ne remplace toutefois pas une mesure officielle à long terme. Vous trouverez une comparaison détaillée de deux appareils courants dans notre rapport de test consacré à RadonEye et Corentium.
Nous expliquons en détail le déroulement précis de la mesure ainsi que les différences entre les mesures à court terme et à long terme sur notre page d’informations générales consacrée au radon.
La valeur est élevée, que faire maintenant ?
Pas de panique : le radon agit sur plusieurs décennies, et non pas en quelques jours ou semaines. Une seule mesure élevée nécessite de faire preuve de sang-froid, et non de prendre des mesures immédiates.
Les premières mesures à prendre sont les suivantes : confirmer la concentration par une mesure à long terme, adapter les habitudes de ventilation et colmater les fuites visibles vers le sol. Ces mesures sont peu coûteuses et permettent souvent de réduire la concentration de manière déjà perceptible. Si les valeurs restent élevées ou si ces mesures simples ne suffisent pas, il est recommandé de faire appel à un spécialiste du radon, qui évaluera en détail les causes et les options d’assainissement.
Questions fréquentes sur le radon en Suisse
Le radon est-il un problème dans les constructions neuves ?
Oui. Même dans les bâtiments neufs, la concentration de radon dépend fortement du sol sur lequel ils sont construits. Le mode de construction joue également un rôle déterminant dans la capacité du radon à pénétrer dans le bâtiment depuis le sous-sol. Quiconque construit dans une région présentant un risque élevé de radon devrait prévoir les mesures appropriées dès la phase de conception.
Peut-on sentir ou voir le radon ?
Non. Le radon est un gaz rare incolore et inodore. Sans mesure, il est impossible de détecter une concentration élevée, ce qui rend ce gaz particulièrement insidieux et explique pourquoi les mesures sont si importantes.
Une aération régulière suffit-elle à se protéger ?
L’aération réduit la concentration de radon à court terme, car l’air frais dilue le gaz. Elle n’élimine toutefois pas la cause du problème, à savoir son infiltration depuis le sous-sol. En cas de concentrations élevées persistantes, des mesures de construction supplémentaires s’imposent.
Dois-je communiquer les niveaux de radon lors de la vente de mon bien immobilier ?
En Suisse, l’obligation générale de divulgation des concentrations de radon ne s’applique pas systématiquement dans tous les cas, mais elle peut s’avérer pertinente selon le canton et l’état des connaissances. En cas de projet de vente, il est recommandé de se renseigner suffisamment tôt, en particulier si une mesure a déjà été effectuée ou si des concentrations élevées sont connues.
Combien coûte une mesure du radon ?
Cela dépend de la solution que vous choisissez. Une mesure à long terme officiellement reconnue à l’aide de dosimètres coûte 150 CHF avec un dosimètre et 200 CHF avec deux dosimètres ; chaque dosimètre supplémentaire coûte 50 CHF. La livraison, l’analyse des résultats et la TVA sont comprises dans ce prix. Étant donné qu’au moins deux dosimètres sont nécessaires pour une mesure officielle, le coût s’élève en pratique à au moins 200 CHF.
En revanche, l’achat d’un appareil de mesure électronique est un investissement unique qui vous permet d’effectuer des mesures aussi souvent que vous le souhaitez. Les appareils proposés dans notre boutique sont disponibles à partir de 189 CHF pour l’EcoBlu, tandis que le RadonEye RD200 coûte 209 CHF.
Le radon est inodore et invisible, mais il est tout à fait possible de le mesurer. Si vous vous trouvez dans l’une des régions ou situations décrites ci-dessus, la période de chauffage actuelle est le moment idéal pour le faire.
Pour une évaluation plus complète de votre bâtiment, au-delà de la question du radon, nous vous invitons également à consulter notre bilan immobilier.
